Droit à la déconnexion : et quand est-ce qu’on va sur l’intranet social et collaboratif ?

9 mai 2017


Paroles d'experts

Droit à la déconnexion : et quand est-ce qu’on va sur l’intranet social et collaboratif ?

Une des actualités de cette nouvelle année 2017, c’est l’entrée en vigueur de la Loi Travail et du fameux droit à la déconnexion que les médias relayent sans discontinuer. Quels en sont les impacts ? Et quelle est la place des usages des intranets collaboratifs et autres réseaux sociaux d’entreprise dans ce nouveau contexte ? Eclairages.

Closeup of business woman hand typing on keyboard and mouse

Tout d’abord, rappelons le contexte juridique entré en vigueur depuis ce 1er janvier (cf article L2242-8 du Code du travail). La loi prévoit à minima que les organisations élaborent une charte définissant les modalités du droit à la déconnexion, et ce en l’absence de syndicats ou faute de trouver un accord, « en vue d’assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale » à tous les salariés. Cette charte destinée aux collaborateurs et aux managers doit envisager la mise en œuvre d’actions de formation et de sensibilisation pour un usage raisonnable des outils numériques. Autrement dit, rien de coercitif qui obligerait les salariés à ne pas se connecter comme ils ont le droit de ne pas se déconnecter. Quant à la charte, elle viendra enrichir les nombreuses chartes déjà existantes dans les entreprises : annexes du règlement intérieur, charte sécurité et informatique, charte de bons usages de la prise de parole sur les médias sociaux ou sur l’intranet collaboratif, … Pour ne pas qu’elle reste lettre morte, cette charte doit s’accompagner d’actions concrètes et d’engagements de toute l’entreprise. Au-delà du droit à la déconnexion, il s’agit d’acquérir de nouveaux réflexes face à la connexion tous azimuts qui envahit nos vies professionnelles et privées.

Déconnexion … des mails !

Plus d’un tiers des salariés travaillent ou répondent à leurs e-mails hors temps de travail grâce à leurs équipements mobiles, dont la moitié tous les jours ou presque et un quart au moins une fois par semaine. Plus précisément, 26% déclarent se connecter le soir et 20% le week-end (35 % se connectant àHome office la fois le soir et le week-end). Ces chiffres issus d’une étude récente de l’IFOP sont symptomatiques de la « mail addiction ».

Devenu un outil incontournable de communication, le mail est un accélérateur de la surcharge informationnelle et de la pression à la connexion. Pourtant cette surinformation permanente a tendance à nuire à la qualité de nos décisions. Et des solutions individuelles et collectives existent : apprendre à distinguer l’urgent du non-urgent, l’important du non-important ; organiser sa boîte mail (règles, dossiers, …), apprendre à utiliser les filtres sociaux disponibles sur les outils collaboratifs (abonnements, following,…).

En effet, certaines informations, aujourd’hui relayées par mail et envoyées à tous, pourraient être portées par les outils collaboratifs disponibles dans les entreprises : partager une bonne nouvelle avec toute son équipe en utilisant le microblog (et un mail de gagné !), rédiger et diffuser le compte-rendu de la réunion d’équipe projet via un wiki (et un autre mail de gagné !), partager ses bonnes pratiques ou poser ses questions techniques sur un forum (et hop, encore une flopée de mails économisée…).

Travailler avec les nouveaux outils collaboratifs permet de s’abonner, de recevoir des notifications quand un nouveau contenu est partagé, de filtrer en s’abonnant à des types de contenus ou à des acteurs de l’entreprise, autant de nouveaux usages à apprivoiser face à « l’infobésité » dans l’entreprise.

En matière de collaboratif et d’usage numérique, les managers comme les animateurs des communautés collaboratives ont aussi un rôle à jouer : exemplarité de leurs propres pratiques mais aussi pédagogie pour encourager leurs collègues à partager, créer du contenu dans la communauté plutôt que d’envoyer des mails, et rappeler les bons usages en matière de connexion et de déconnexion.

Télétravail et nomadisme : la déconnexion flexible

Certaines organisations ont fait le choix drastique de bloquer de façon rédhibitoire l’accès aux outils de travail en dehors des heures de bureau pour répondre au droit à la déconnexion. Un choix peut-être un peu trop définitif si l’on considère l’évolution des modes de travail…

En effet, avec les nouveaux outils du numérique, le travail à distance est possible pour de plus en plus de collaborateurs et plus seulement ceux qui étaient « officiellement » nomades de par leurs fonctions. Qui dit télétravail – depuis chez soi ou depuis un espace de coworking (certains sont ouverts 24H/24, 7jours/7) – dit flexibilité.

young man working using smartphone and notebook computer, Young man work and typing,financial work,workhard.

Ainsi, si je préfère aller chercher mes enfants à l’école et faire une pause entre 16h et 20H pour reprendre mon activité professionnelle en soirée, comment le pourrais-je si mon employeur bloque l’accès au réseau d’entreprise et aux mails en soirée ? Certaines personnes sont au contraire très efficaces très tôt le matin… Sans compter les décalages horaires avec les collègues de l’autre côté du globe…

Par ailleurs, les intranets donnent accès à des informations et des services en ligne qui peuvent avoir un lien direct avec la vie de famille : avoir accès au planning des congés de son équipe sur l’outil de Libre-service RH quand on organise ses vacances avec son conjoint, ça n’est pas superflu…
Bref, difficile d’adopter une posture stricte en matière de déconnexion et d’omettre cette dimension flexible du travail. L’enjeu est sans doute au contraire d’offrir une souplesse d’organisation aux collaborateurs pour jongler entre vie professionnelle et vie privée, tout en l’encadrant pour éviter les dérives.

Déconnexion … on my own device !

Par ailleurs, de plus en plus d’intranets et d’outils collaboratifs ne sont plus seulement réservés aux seuls « cols blancs » et heureusement ! Permettre à tous d’accéder de façon égale à l’information de l’entreprise, de se mettre en relation avec leurs collègues ou encore de partager entre pairs devrait être l’engagement social de toutes les organisations. Cela nécessite parfois de dépasser certaines contraintes de sécurité pour autoriser par exemple l’accès en extranet ou encore le BYOD (Bring Your Own Device).

Certaines organisations l’ont réussi : elles sont 32% à proposer l’accès sur smartphone personnel aux intranet et RSE, selon les résultats 2016 de l’Observatoire e-transformation & intranet, et permettent ainsi à tous cet égalité d’accès à l’information.

Ces modalités de connexion peuvent également s’appliquer aux collègues absents, ponctuellement éloignés de l’entreprise (congé sabbatique, maternité, longue maladie, …) qui peuvent ainsi rester connectés à l’entreprise partir de leurs outils personnels… et ce, quand bon leur semble !

Déconnexion et qualité de vie

En matière de déconnexion donc, une charte peut permettre d’encadrer les pratiques bien sûr en fixant des règles de bon usage ou de coupure. Reste ensuite le libre-arbitre des individus sensibilisés au numérique :

  • celui de choisir de ne pas répondre à une sollicitation envoyée tardivement par un collègue en télétravail qui a choisi de poster un message sur le mur de la communauté à 22H parce qu’il a décalé ses heures de travail pour gagner en liberté dans la logistique familiale ;
  • celui au contraire de se connecter, dans son canapé, depuis son smartphone pour montrer à son conjoint la photo de son équipe publiée à la Une de l’intranet suite à la convention d’entreprise ;
  • celui enfin d’éteindre tous les outils de communication au moins une heure avant d’aller se coucher parce que les études montrent que l’absence d’écran avant l’endormissement promet un sommeil plus réparateur et de meilleure qualité !

Quelques sources pour prolonger :

 

Par Gaëlle Roudaut

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