Retour sur la Table ronde « Impacts du numérique sur l’environnement : de la quantification à l’action », du colloque Numérique et Environnement

22 octobre 2020


Retours d'expérience

Retour sur la Table ronde « Impacts du numérique sur l’environnement : de la quantification à l’action », du colloque Numérique et Environnement

En tant qu’acteur de conseil en digital interne, Arctus s’intéresse aux impacts du numérique sur la société et l’environnement. Notre équipe a lancé un groupe de travail pour suivre l’actualité et l’état des recherches dans ce domaine. Convaincus que le numérique est un levier fort de transformation pour les organisations, nous souhaitons aussi nous assurer de promouvoir des usages durables et vertueux pour demain.

Le numérique est responsable de 2 % du total des émissions de gaz à effet de serre en France (étude du Sénat). Si de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les effets néfastes du numérique, les données disponibles encore incomplètes, n’offrent qu’une vision parcellaire de ses impacts. Dans ce contexte, comment passer à l’action et encourager la sobriété numérique ? Retour sur une table ronde du colloque Numérique et Environnement, organisé le 8 octobre 2020, par le ministère de la Transition écologique, le ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance et le secrétariat d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques.

Ont participé à cette table ronde :

Des effets directs et indirects sur les émissions de CO2

impacts numérique l'environnement data center

Le numérique d’aujourd’hui est non durable. C’est avec ce constat que Jean-Marc Jancovici de The Shift Project a ouvert le débat. Comme le rappellent plusieurs experts présents, le numérique a des impacts importants sur les émissions de gaz à effet de serre.

A l’origine de ces émissions :

  • La production des terminaux (souvent en Asie),
  • Les data centers,
  • Les infrastructures réseaux (antennes, fibre, …),
  • Et de manière plus globale, l’électricité qui permet le fonctionnement de tous ces systèmes, principalement issue des énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz).

Mais à ces impacts, s’ajoutent également d’autres effets induits par le numérique :

  • L’effet rebond du numérique : un effet rebond se caractérise par un progrès technique, censé être porteur de gain en termes de temps, d’espace, d’énergie mais dont les bénéfices d’efficience laissent alors place à de nouvelles consommations de temps, d’espace ou d’énergie. L’optimisation de la performance environnementale de certains progrès techniques ne suffit pas à compenser les effets de la croissance massive des usages du numérique. L’arrivée de la 5G est un bon exemple d’effet rebond. Si celle-ci permet des échanges de données beaucoup plus rapides, ne sera-t-elle pas à l’origine d’un accroissement massif des usages numériques et donc des émissions de gaz à effets de serre ? Autre exemple, les effets rebond liés au télétravail, sur lesquels s’est penchée l’ADEME.
  • Les effets systémiques liés au numérique : comme l’explique Françoise Berthoud, Experte à CNRS-Ecoinfo, le numérique permet l’accélération des flux. Sans numérique, les livraisons Amazon iraient beaucoup moins vite. Celui-ci accélère donc les émissions de gaz à effets de serre par le biais d’autres productions ou industries. Le numérique, de manière indirecte, accélère donc les émissions de gaz à effet de serre par le biais d’une demande facilitée elle-même génératrice d’une production augmentée
  • Le numérique est aussi source de pollution dans les lieux d’extraction des métaux et pose des problèmes d’épuisement des ressources. Malgré les progrès technologiques et la diminution de la consommation d’énergie dans l’industrie minière, les limites en termes de ressources pourraient être atteintes d’ici 1 000 ans, selon Françoise Berthoud.
  • Par ailleurs, cette production abondante d’équipements pose aussi la question du recyclage de ces déchets électroniques, filière non maîtrisée aujourd’hui. D’ailleurs, la collecte même de ces équipements usagers n’est pas optimisée en France, par exemple, où seuls 50 % de ces équipements sont collectés.

La collecte de données : un enjeu majeur

A la lecture de ces informations, nul doute que l’impact du numérique pose question. Pourtant le débat n’est pas tranché. La raison ? Des données parcellaires sur les impacts du numérique.

Comme l’explique, Etienne Lees-Perasso, du Consortium NegaOctet, il existe aujourd’hui une hétérogénéité des données émises par différents acteurs, sur différentes zones géographiques, à différents instants. La production des équipements – essentiellement en Asie – et la fin de vie de ces appareils ont des impacts diffus dans différentes zones géographiques du monde. Les études disponibles ne prennent pas en compte l’ensemble des impacts liés au numérique : cycle de vie des équipements, réseaux (fixes ou mobiles), data center, etc. Seule l’adoption d’une approche multicritères et l’harmonisation des données permettraient de sortir de cette vision parcellaire.

impacts numérique l'environnement données

Sébastien Soriano de l’ARCEP, précise qu’on manque d’instruments pour collecter la donnée. Il n’existe pas aujourd’hui d’autorité publique qui ait le pouvoir de demander de l’information à l’ensemble de la chaîne numérique. En France, s’il est possible de récupérer des données via des opérateurs télécom, personne n’a la main sur les grands constructeurs de téléphone. Il préconise, par ailleurs, un accompagnement de l’écosystème de la mesure pour des résultats plus pertinents.

Ainsi, certains experts et organismes pointent la nécessité d’objectiver le sujet du numérique et attendent d’avoir plus de données pour évaluer et se prononcer sur les réels impacts du numérique.

D’après Sébastien Soriano, la technologie n’est ni bonne ni mauvaise. Il faut trouver un entre-deux et créer les conditions pour que le progrès soit maitrisé. Pour autant, il estime qu’il est nécessaire d’avoir des données plus précises avant d’aller plus loin sur certaines actions et faire ainsi bouger le marché. D’autres, à l’image de Jean-Marc Jancovici, pensent qu’on peut et qu’il est nécessaire d’agir dès à présent. Etienne Lees-Perasso a une vision plus contrastée. L’harmonisation des données a pour but de cibler les efforts là où c’est pertinent même s’il confirme qu’on peut aussi faire des choses en amont.

Politiques publiques, évolution des business modèles, sensibilisation

Même si tous les experts ne s’accordent pas sur les impacts réels du numérique, tous estiment qu’il est nécessaire d’encourager la sobriété.

impacts sobriété numérique l'environnement

Ce qui importe c’est d’arriver à infléchir la hausse de ces émissions estime Arnaud Leroy de l’ADEME. Il préconise notamment d’améliorer la régulation sur la durabilité*, la réparabilité* et l’éco-conception*, et pas seulement à l’échelle française. Il prône également la nécessité de travailler avec des acteurs du numérique, à l’exemple de Microsoft, déjà engagé sur la durabilité et l’éco-conception des logiciels. Pour autant, s’attaquer à la réparabilité des équipements soulève un autre enjeu, celui de la formation et des compétences. Un point également repris dans la matinée par Gilles Babinet dans sa keynote « Numérique et environnement, un projet d’émancipation technologique » qui soulève lui aussi le sujet des compétences nécessaires à la compréhension et à l’usage des données.

Enfin, pour Arnaud Leroy, il serait intéressant d’initier des débats sur l’obsolescence culturelle et sur la régulation de la publicité afin d’éviter les injonctions paradoxales envoyées aux consommateurs.

Etienne Lees-Perasso (Consortium NegaOctet) estime que c’est l’application raisonnée du numérique qui permettra de réduire les impacts. Jean-Marc Jancovici confirme quant à lui qu’il est nécessaire de s’attaquer aux usages. En ce sens, il préconise la fin des forfaits illimités en data. Il suggère, par ailleurs, de durcir la réglementation dans le but de ralentir la rotation du parc de terminaux, en allongeant les durées légales de garantie des équipements. 

Le numérique est un enjeu multifacette. Seule une adéquation entre les politiques publiques et une responsabilisation des acteurs du numérique, et des consommateurs permettra un usage plus raisonné du numérique et une réduction de son empreinte environnementale.

*Durabilité : qualité de ce qui est durable, c’est-à-dire de nature à durer longtemps, qui présente une certaine stabilité, une certaine résistance

*Réparabilité : qualité de ce qui peut être réparé et de ce fait, est moins susceptible d’être remplacé en cas de panne

*Eco-conception : intégration des aspects environnementaux dès la conception et le développement de produits (biens et services, systèmes) avec pour objectif la réduction des impacts environnementaux négatifs tout au long de leur cycle de vie.

Découvrez nos derniers articles

Vous avez des projets digitaux internes en cours ou à venir ? Discutons-en ! Nous pouvons vous accompagner, quelque soit votre état d’avancement.

Suivez-nous !

retour au blog

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Autour des mêmes sujets


  • Actualités

    Tout savoir sur le management et le numérique grâce à Arctus et au livre « 100 notions – management et numérique »

    lire la suite

  • Actualités

    Salon Solutions Intranet : où en sont les entreprises face à leur transformation digitale interne ?

    lire la suite